Fertilisation azotée du blé : quelles conditions pour le pilotage en 2017 ?

Avant de réaliser le pilotage de l’azote fin montaison, pour que les outils soient dans leur domaine de validité, il faut s’assurer que les apports précédents ont bien été valorisés.

La majorité des parcelles de blé ont actuellement dépassées le stade 2 nœuds et s’approchent des stades dernière feuille pointante à dernière feuille étalée. Les apports d’azote réalisés jusqu’au 20 mars ont été bien valorisés pour l’ensemble de la Normandie, sauf au sud de la région (Manche-Orne) et au nord de la Seine-Maritime. Pour des apports réalisés au-delà de cette date, l’absence de pluies a conduit à une mauvaise valorisation. Il faut en tenir compte pour le pilotage du dernier apport d’azote en fin de montaison.

Les apports début montaison ont-ils été valorisés ?

Pour une bonne valorisation de l’azote, le seuil de 15 mm de pluie pendant les 15 jours suivant l’apport est retenu. Un manque de pluie peut impacter à la fois l’efficacité de l’engrais (baisse des quantités d’azote absorbées) et selon le type de sol et le déficit hydrique une baisse du potentiel.

La majorité des apports d’azote réalisés vers le 20 mars autour du stade épi 1 cm ont été valorisés en Normandie. Dans ce cas, le cumul de précipitation est globalement supérieur à 15 mm sauf dans le sud de la région (Manche-Orne) et le nord de la Seine-Maritime. Dans ces secteurs, l’azote apporté depuis le 20 mars n’est encore que partiellement absorbé et finira d’être valorisé au retour de la pluie.

Si les apports d’azote ont été effectués après le 25 mars, ceux-ci n’ont pas été pleinement assimilés au vu de l’absence de pluie significative depuis près d’un mois (sauf secteur bordure maritime du Calvados).
Figures 1 et 2 : Cartes de cumul des pluies (mm), données source ARVALIS et Météo-France

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Outils de pilotage : attention à l’interprétation des diagnostics précoces

Le diagnostic de l’état de nutrition azotée des plantes peut être réalisé entre les stades 2 nœuds et gonflement (voir notice d’utilisation de l’outil utilisé). Il n’y a pas de contraintes particulières dans les secteurs suffisamment arrosés, mais des précautions sont à prendre dans les secteurs les plus secs, avec moins de 15 mm de pluie mesurés depuis le dernier apport d’azote.

Dans le cas d’une mauvaise valorisation de l’apport précédent, la dose préconisée par l’outil sera très probablement surestimée. Il est conseillé :
– d’attendre le retour des pluies et la valorisation de l’apport précédent,
– d’effectuer ensuite le diagnostic qui est possible jusqu’au stade DFE ou gonflement selon les outils,
– au-delà du stade limite d’utilisation de l’outil, si les 15 mm depuis le dernier apport n’ont pas été atteint il est conseillé ne pas dépasser la dose mise en réserve.

Des apports d’azote pleinement valorisés jusqu’au stade gonflement

Jusqu’au stade fin gonflement (lorsque l’épi commence à sortir de la gaine), une céréale est capable de tolérer une carence azotée passagère induite par le manque d’eau. L’absorption d’azote est différée mais cela n’aura pas de conséquence sur le rendement, surtout dans le contexte de l’année où les fournitures du sol étaient importantes en sortie d’hiver.

Entre épiaison et floraison, la réponse à un apport d’engrais se traduit principalement par une augmentation de la teneur en protéines des grains mais rattrape peu le rendement s’il est déjà affecté.

Après floraison, les composantes de rendement impactées par l’azote – nombre d’épis et nombre de grains – sont fixées. Passé ce stade, un apport d’azote ne permettra pas de rattraper le potentiel de rendement perdu sous l’effet d’une carence azotée.

Un apport positionné entre dernière feuille étalée et gonflement, juste avant une pluie, garantira une valorisation optimale en rendement et en protéine.

Si la forme utilisée est de l’ammonitrate ou de l’urée additionnée d’un inhibiteur de l’uréase (type Nexen, Utec 46 ou Novius), il sera possible d’anticiper l’arrivée des pluies de quelques jours.

Si la forme employée est de la solution il sera préférable de retarder le déclenchement de l’apport jusqu’à l’arrivée de l’épisode pluvieux, compte tenu des risques importants de volatilisation.

Les engrais foliaires ont la même efficacité que l’ammonitrate

Si le manque de pluie pénalise l’absorption des engrais au sol, il pénalise aussi l’assimilation de l’azote apporté par voie foliaire. Pour pénétrer dans la feuille, l’azote issu des engrais foliaires a besoin de traverser la cuticule. Une hygrométrie importante est donc indispensable. Un manque d’eau provoque une moindre assimilation de l’azote par la culture quel que soit sa forme. Un temps sec est alors aussi défavorable à la valorisation des engrais foliaires qu’à celle des engrais solides.

L’azote des engrais destinés à l’application tardive en pulvérisation sur le feuillage des céréales est au mieux aussi efficace que celui de l’ammonitrate apporté sous forme solide au cours du développement de la dernière feuille. 1 kg N/ha apporté par ces produits équivaut à 1 kg N/ha apporté par l’ammonitrate. Les quantités d’azote apportées avec ces produits sont la plupart du temps insuffisantes pour atteindre le potentiel de rendement de la parcelle. 10 unités apportées par un engrais foliaires ne se substituent pas à 40 unités apportées par de l’ammonitrate !

Helene LAGRANGE, Benjamin POINTEREAU (ARVALIS – Institut du végétal), Cynthia TORRECILLAS(ARVALIS – Institut du végétal)

 

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